"Ce qu'il faut au fond pour obtenir une espèce de paix avec les hommes, officiers ou non, armistices fragiles il est vrai, mais précieux quand même, c'est de leur permettre en toutes circonstances de s'étaler, de se vautrer parmi les vantardises niaises. Il n'y a pas de vanité intelligente. C'est un instinct. Il n'y a pas d'homme non plus qui ne soit pas avant tout vaniteux. Le rôle du paillasson admiratif est à peu près le seul dans lequel on se tolère d'humain à humain avec quelque plaisir."
(La photo représente Braydon Szafranski par Tim Barber et le texte est toujours de Céline dans Voyage au bout de la nuit)
"Y'a que la bravoure au fond qui est louche. Être brave avec son corps ? Demandez alors à l'asticot aussi d'être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous".
L'été de mes 16 ans, je tuais le temps dans une piaule autrichienne en évitant de croiser le garçon gras, blond et mou que la mairie de ma banlieue m'avait assigné comme correspondant. Ce type, surement très gentil, avait curieusement peur de moi et la perspective de le recevoir à mon tour me désespérais. Espérant compenser mon échec scolaire par l'apprentissage de la langue de Goethe ou, au moins, la passion des lettres, mon vénérable paternel avait pris soin de glisser dans mon sac quelques ouvrages. Le Voyage au bout de la nuit d'un certain Céline, Louis-Ferdinand de son prénom en faisait partie. La claque. Sept ans plus tard, quelques amis m'ont offert le tome 1 de son intégrale dans la Pléiade. Relecture donc. Ce qui me frappe le plus est de voir que les paragraphes que je soulignais à l'époque sont les mêmes qu'aujourd'hui. L'adolescence est véritablement un brouillon.
Aujourd’hui, la Conjuration a un an. Bilan ? Rapport annuel ? Non, ça m’emmerde. Rien à foutre des chiffres et des fluctuations du trafic. Ce dernier nous donne une visibilité conséquente mais je crois que même sans lecteurs nous aurions tenu ce blog. La Conjuration nous permet une chose toute simple : garder le meilleur de chaque journée, de ce que nous vivons et de ce que nous voyons. Un genre de best of quasi quotidien qu’il est agréable de parcourir en cas de pane d’inspiration ou pour voir le chemin parcouru.
Au début il y avait des articles aux faux airs des dossiers de presse que nous ne recevions pas, des chroniques gastronomiques faites pas des palais primaires ou des sélections de vêtements que nous n’achetions jamais. Puis l’obsession du post journalier s’est dissipée et le ton s’est précisé. Nous ne suivons plus que nos envies, quitte à verser dans l’excès. Peu importe, nous n’avons jamais été des personnes tempérées. Nous passons du coq à l’âne ? Peut-être au premier abord mais sur un plus long terme je crois que cette variété définit une esthétique. A vous de juger, aidé de ces trois phrases données en exemple :
1/ Une phrase incisive et précieuse issue de la dernière chronique de François Simon : « J'entends d'ici les esthètes hennir d'indignation »
2/ Une phrase punk et jemenfoutiste provenant de la clôture de l’interview des frères Chaboud par Ben Aurélien dans un vieux Tricks Skatemag : « Et à tous ceux qui nous détestent, qu’ils continuent, on s’en bas lec’ ! »
Une phrase de « Speedway » de Morrissey, puisée dans le live dévot diffusé ci-après
All of the rumours Keeping me grounded I never said, I never said that they were Completely unfounded
Je m'apprête à partir dans un lieu bizarre répondant au nom pas doux du tout de Socquentôt. On dit que la forêt y est si dense qu'il fait nuit dès
15heures. Quelques rescapés de la consanguinité locale y vivent leurs dernières heures. Leur régime ? Viande crue et litrons de calvados qu'ils boivent dans les crânes de leurs ennemis et ancêtres vikings. Cette boisson dite d'homme est sensée leur apporter force et courage mais elle se contente de les abrutir et de les rendre aveugle. Du coup, ils tombent dans leurs propres pièges à loups, s'embrochent connement sur les pieux et meurent dans les fougères. Ma seule chance de survie ? Qu'à l'heure de mon arrivée ces messieurs soient déjà ivres morts et
tout juste bon à roter les chairs crues qu'ils ont dévoré entre deux
lampées.
Par Foucauld
PS : cette série de photo vient d'ici et représente des supporters de football américain qui feraient passer la population du Parc des Prince pour une chorale d'enfant de Marie.
A l'époque, les chemises à carreaux ou en jean étaient réservées aux adeptes de Marlboro Classic et aux agriculteurs creusois. A l'époque les fondateurs de Vice étaient encore héroïnomanes et ne lançaient pas de magazine gratuit pour occuper leur rehabs. A l'époque les branchés n'apprenaient pas les rudiments de la drague dans "Le Guide Vice pour pécho des meufs". A l'époque je ne savais même pas ce qu'était un branché ni à quoi il ressemblait mais ça m'étonnerait qu'il se faisait chier à écrire des guides pour ça. A l'époque on matait Yannick et c'est en 13 commandements et 4min06 qu'il nous apprenait l'art d'éviter les ruses féminines. Bilan ? A vous de voir.
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